Les Gobelins de la Gringotts n'ont qu'à bien se tenir. Aujourd’hui [*roulement de tambour*], je suis allé à la banque escorté prudemment de deux
collègues, pour ouvrir un compte. Parce qu’au Japon, quand vous avez déjà des
comptes en banque (c’est mon cas), ça n’est pas suffisant, parce que ça n’est
jamais la bonne banque. Parce qu’au Japon, les choses sont simples, surtout
quand il s’agit des banques. Vous vous souvenez de l’épisode à l’époque de la
fac, où j’ai presque dû re-remplir entièrement le formulaire d’inscription
parce que j’avais mis une CROIX (×)
dans une case au lieu de cocher d’un joli ü ? Autant vous dire que j’y suis donc allé aujourd’hui en concevant de grands espoirs quant au déroulement des opérations,
jubilant par anticipation à l’idée de vous raconter tout ça, sachant par avance
que l’aventure s’annonçait prometteuse en anecdotes piquantes. Ça n’a pas
manqué, les Japonais ne déçoivent jamais.
On
a dû faire en tout et pour tout 3 allers-retours à la banque dans la journée.
Pour commencer, je suis venu seulement avec mon 証明書 (shōmei-sho), ma carte d’identité provisoire japonaise, parce que normalement ça suffit, mais
là on a voulut voir mon passeport aussi, avec tous les jolis visas dedans. Donc
il a fallut aller le chercher chez moi et revenir (heureusement qu’on était en
voiture).
Puis
j’ai remplis les papiers, mais une fois soumis à l’œil poliment inquisiteur de
la dame du comptoir, il s’est avéré que mon nom était écris en minuscules avec
un tiret au milieu et une cédille sous le C. Ce qui me semble parfaitement
logique puisque c’est mon nom, tel qu’il est écrit d’ailleurs sur mon
passeport. Oui mais sur le 証明書, ces crétins de l’immigration, eux ils ne connaissent
que les majuscules, et les caractères spéciaux ils s’en tamponnent gentiment,
parce que c’est pas pratique à lire. Donc la dame m’a patiemment expliqué que
non, mon nom désormais, c’est Rauch Jean
Francois, comme sur ma carte. Et que du coup il faut remplir tout le
formulaire à nouveau, ha ha. Heureusement que c’est dit avec le sourire,
accompagné de formules de politesses à faire pâlir d’admiration un maître d’hôtel
britannique (et Rōshu-sama par-ci, et Rōshu-sama par-là) ; parce qu’à ce
moment-là je commençais à me sentir vaguement agacé. Surtout quand la dame adresse
préférentiellement ses explications à votre collègue Coréen à côté de vous,
parce que ses yeux bridés le prédisposent pré-supposément à mieux comprendre le
japonais que vous (et encore une fois à mon grand damne, c’est le cas
évidemment).
Alors
c’est reparti, on remplit à nouveau tous les papiers, et puis il y a un « N »
qui bave un peu sur une feuille annexe, c’est pas claire, alors on déchire tout
et on recommence. Encore.
Vous
vous souvenez cette humiliation en primaire, quand on vous faisait refaire cinq
fois le même travail parce que c’était pas propre et parfait ? Et bien
voilà, retour en primaire. De toute façon nous autres kendoka on le sait, on va
au Japon pour travailler ses fondamentaux. On colorie sans dépasser.
Donc
une fois que tout est bien rempli et que la dame s’occupe de tout, il ne
reste plus qu’à attendre. Longtemps. Parce qu’au Japon, attendre est une
activité à part entière, même rémunérée parfois. Par exemple, j’ai fait ces démarches
sur mes heures de travail. Donc j’étais payé à attendre. Attendre que la dame
saisisse mot à mot bien proprement tout comme il faut mon dossier.
Bon,
je ne vous cache pas qu’au bout d’une demi-heure, comme on avait un repas avec
les collègues et qu’ils nous attendaient déjà au resto, on a déclaré qu’on
revenait dans une heure quand ça serait fini. Non mais sans blague. Voilà
comment j’ai ouvert mon compte à la 肥後銀行 (Higo Ginkō), afin de pouvoir recevoir mon salaire !
Si
la gastronomie française et la gastronomie japonaise sont, comme je le crois,
les seules au monde à être inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO, je
pense que dans le domaine de l’administration tatillonne et inextricable, nos
deux pays mériteraient également un podium avec une distinction exclusive pour
les casses-couilles de premier ordre. Il est des talents trop peu reconnus dans le monde.
Meet the Wild Bunch !
