Tournée internationale !

* Tournée Internationale ! *

Voici la mise à jour des dates officielles de mes représentations à travers le monde pour les mois à venir :
- Du 11 au 12 mars : 17ème Championnats Open d'Asie à Hong Kong (sold out) ;
- Du 14 au 16 avril : 42ème Championnats d'Australie de Kendo à Canberra ;
- Du 11 au 14 mai : 28ème Championnats d'Europe de Kendo à Budapest ;
- Du 22 au 25 juin : Championnats de Kendo des Etats-Unis à San José, Californie.

mercredi 11 janvier 2017

La Grande Vadrouille

On passe finalement une nuit de plus à Miyazaki (on ne repart que demain en milieu de journée a priori), et j’ai même reçu un mail vaguement inquiet de Hanae qui me demande en deux lignes où ça en est, qu’est-ce qu’on fait et quand est-ce qu’on rentre. Imaginez quand même qu’on est parti lundi soir sur un coup de tête à la fermeture du bureau, et que shachō vient d’annoncer qu’on ne rentrait pas avant demain midi (jeudi). En gros, mes collègues du bureau des ventes internationales m’ont à peine eu à leur côté une journée à mon arrivée, puis j’ai disparu brutalement au fin fond du Kyūshū sans plus donner de nouvelles.
Pourtant ce soir je ne peux absolument pas me plaindre, car je crois que shachō est claqué aussi, et il a beaucoup insisté sur le fait que « on était fatigué, qu’on allait manger rapidement et puis prendre le temps de bien dormir, et que demain on prend tranquillement le petit déj’ à l’hôtel vers 7h ». A quoi j’ai répondu avec beaucoup d’entrain : « Hai, hai ! ».
De toute façon je crois que j’ai de la chance ; je le découvre à peine mais à mon avis ce gars-là, il aime bien avoir la paix en général. Les longs silences ne l’embarrassent pas, mais il peut soudainement faire la causette d’un ton très détendu sur tout et n’importe quoi. Il a lui-même vécu outremer plusieurs années (Chine, Philippines), et donc il est curieux de tout ce qui est étranger. Son beau-frère est noir (Namibien pour être exacte), ce qui est suffisamment rare au Japon pour être remarqué. Il ne s’embarrasse globalement pas trop de manières et d’obligations sociales quand ça le gave, et en ça on va plutôt bien s’entendre. Je ne l’ai encore jamais vu venir au boulot autrement qu’en survêtements.
Du coup ce soir il n’est même pas encore huit heure que je suis déjà tranquille dans ma chambre d’hôtel, et comme il n’y avait plus de place à Saito-shi, là où sont les ateliers, on est revenu vers la ville de Miyazaki pour passer la nuit dans un autre établissement. C’est un Richemond. Voilà ma chambre :

Hmm... Je n'arrive pas à me décider pour savoir quel lit je vais prendre... Cruel dilemme !...

La vie est donc belle pour les heures à venir, et ma seule vraie préoccupation du moment, c’est que j’ai froid et que je ne trouve pas encore le chauffage individuel, et que je cherche toujours le mot de passe du Wifi ou le port Ethernet pour me connecter, puisqu’il y a un câble réseau à disposition (le temps de finir mon article et de commencer la relecture, j’ai finalement trouvé le chauffage et un port RJ45, donc tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles !).
A part ça, tout baigne ; j’ai le ventre rempli de tsuke-men (mes préférées !) et la journée s’est plutôt bien déroulée : j’ai réussi à faire passer plusieurs de mes idées concernant la mise en avant de l’entreprise avec le shachō (ce qui n’est jamais gagné), et j’ai encore fait abondamment le tour des ateliers en apprenant plein de choses. Les gens commencent à me connaître et à s’habituer à ma présence, ils sont très gentils, certains interrompent même volontiers leur travail pour me l’expliquer en détail ou pas à pas. C’est très instructif. J’ai encore rempli des pages de notes et de croquis ou de schémas, et pris des dizaines de photos durant la journée (certaines à vocation purement promotionnel, je dois l’avouer, mais c’est quand même un peu mon boulot aussi).
Parmi les employés, il y a même un senpai de l’université Meiji ! Lui il en est sorti à peu près en même temps que moi je sortais du ventre de ma mère, mais avoir été à la même université, même à 20 ans d’écart, c’est le genre de truc qui peut servir de super-catalyseur dans les relations sociales au Japon. Katsuyama-senpai donc est maintenant un spécialiste de la fabrication de kote avec plus de 10 ans d’expérience derrière lui, et de fait, ce personnage jovial a été aux petits oignons avec moi. Il a été tellement attentionné et précis dans ses explications qu’après les avoir suivies j’avais la ferme impression d’être capable de sortir moi-même en quelques minutes une magnifique paire de kote « Mugen brand » en kongawa rembourrés au poil de daim. Pour autant, je vous assure que même un professionnel aussi expérimenté que lui, débarrassé de mes interruptions incessantes, ça lui prend quand même un sacré bout de temps.
J’ai aussi beaucoup échangé avec Kōrogi-san, qui est l’employé le plus expérimenté dans la fabrication de men. Quand je dis le plus expérimenté, c’est notamment de l’atelier, mais aussi probablement du Japon.
A fréquenter le personnel de l’entreprise, je réalise à quel point ce travail est lent, minutieux et difficile. J’en ai presque honte de ne jamais m’être penché plus attentivement sur les pièces de mon armure jusqu’à présent (même si elle a assez probablement été manufacturée industriellement en Corée). En deux jours, ces artisans ont largement acquis mon estime, et je ne verrai plus jamais une armure de la même manière. Pour ceux qui me lisent et qui en portent, je vous encourage à les considérer et à les manipuler avec un certain respect. A l’image du katana des samouraïs, ces choses-là ont une âme.


Sur ces sentencieuses recommandations, puisque ce soir c’est repos, je vous dis bonne nuit !