Tournée internationale !

* Tournée Internationale ! *

Voici la mise à jour des dates officielles de mes représentations à travers le monde pour les mois à venir :
- Du 11 au 12 mars : 17ème Championnats Open d'Asie à Hong Kong (sold out) ;
- Du 14 au 16 avril : 42ème Championnats d'Australie de Kendo à Canberra ;
- Du 11 au 14 mai : 28ème Championnats d'Europe de Kendo à Budapest ;
- Du 22 au 25 juin : Championnats de Kendo des Etats-Unis à San José, Californie.

dimanche 5 février 2017

In for a treat

Aujourd’hui dimanche, habituel jour de repos après une semaine chargée, je me suis levé à 6 heures du matin, je suis parti à 7, et je suis rentré chez moi à 22. Entre temps, le Soleil s’est levé, puis couché. Et je peux difficilement me plaindre.

Depuis jeudi, nous avons la visite pendant une semaine à Kumamoto d’un dénommé Arthur, compagnon kendoka originaire d’Annemasse ayant longtemps pratiqué à Basel, et qui jouit actuellement des privilèges d’un visa Vacance-Travail. Il en use bien évidemment comme toute personne sensée en use lorsqu’elle a la possibilité de se trouver pour un an au Japon sans contraintes scolaires ou professionnelles particulières : il met intelligemment à profit son temps libre pour faire le tour des dojos du pays, participer à des stages intensifs avec des professeurs exigeants, se faire arracher les poignets, les côtes et le crâne à coups de bâton et se brûler les pieds sur les planches glacées des salles d’entraînement. Accessoirement, il visite aussi les maisons-mères de célèbres boutiques traditionnelles de matériel d’arts martiaux, et c’est là que nous entrons théâtralement en scène !

Car le Shachō, toujours soucieux de promouvoir l’image de sa boîte à l’étranger et de vanter un peu ses accomplissements avait proposé à Arthur de lui faire visiter les ateliers de production de notre marque « Mugen » dans la préfecture de Miyazaki. C’était l’occasion pour moi de me rendre utile, car même si Arthur commence à se débrouiller pour communiquer en Japonais, Shachō lui ne parle toujours pas plus de quelques mots en anglais, et la route est longue entre Kumamoto et Miyazaki. Il faut en effet pas loin de trois heures de route pour atteindre la ville de Saito où se trouve la compagnie qui fabrique notre matériel (c’est une compagnie sœur, qui appartient également au patron), et c’est le Vice-Président Shiiba qui nous a emmenés, parce que le Patron lui était déjà là-bas depuis quelques jours. Ils ont ouvert l’entreprise le week-end spécialement pour nous ; les employés ont tous décalé leurs jours de repos à lundi-mardi. Du coup ils en avaient profité pour programmer en même temps la visite du club de kendo des enfants du Shachō, dont le professeur est le père d’un des employés de la boîte qui pratique avec nous (et qui me défonce à chaque fois que je l’affronte, Papa est professeur je vous rappelle). Le monde est petit. C’est la campagne.

J’ai donc pu retrouver pleins d’artisans adorables que j’avais rencontré pendant mon premier séjour là-bas, et notamment mon senpai de Meiji, qui nous a fait spécialement une démonstration d’assemblage de la tête et du corps d’une paire de gants kote. Ils avaient tout bien rangé pour l’occasion, je n’avais jamais vu les ateliers aussi propres et organisés. Je suis sûr qu’ils ont dû arrêter la production pendant deux jours rien que pour mettre de l’ordre dans le fatras qu’il y avait avant dans les entrepôts à l’étage ! J’en rajoute un peu, mais on voyait qu’ils avaient fait un effort sur la présentation, et tout était prêt pour qu’on puisse apprécier leur travail et comprendre facilement comment les choses fonctionnent. Je suis même horriblement jaloux, parce que les enfants ont eu le droit d’essayer de bricoler des trucs, coller des bouts de tissus ou tasser des poils de daim à coup de masse pour faire du rembourrage, et moi je n’ai jamais pu faire ça ! La prochaine fois je vous jure, je laisse mon manteau bien classe et ma petite gueule de VRP à la maison, et je viens en bleu de travail. Moi aussi je veux essayer de m’esquinter les doigts sur les établis et revenir le soir avec les mains indigo à cause de la teinture traditionnelle « aizome » ! Plaisanterie à part, c’est un travail manifestement éprouvant, mais j’aimerais bien essayer un peu un jour. Je compte aussi écrire bien sûr quelque chose sur la manière dont on travaille là-bas, pour rendre compte du boulot que ça représente de construire une armure de toute pièce, mais ça viendra quand j’aurai le temps de m’y coller : le processus est un peu long.

Les enfants ont quitté les ateliers en remerciant bien bas tout le monde, et le senpai a même fait un speech très sérieux et très mignon au nom du groupe en promettant que tout le monde avait compris à quel point c’était une tâche pénible de fabriquer des armures, et que chacun désormais prendrait extrêmement soin de la sienne. Pour les personnes concernées qui me lisent, je vous encourage d’ailleurs à tenir le même engagement.
Et à ceux qui voudraient me faire remarquer que c’est moi qui tape fort dessus aussi, je rétorquerais que oui j’y travaille, et qu’ils verront bien ce qu’ils verront bien quand on se reverra – gare à leurs fesses ! Non mais !

La journée n’était pas finie, car le patron a pris les choses en main à partir de là, et il s’est avéré qu’il avait un petit programme en tête : avant de rentrer, on a fait un détour avec les enfants au temple d’Aoshima (littéralement « l’île bleue »), qui est un temps consacré à la victoire (vous voyez où il voulait en venir ? Petit indice : grande compétition féminine dans deux semaines environ). Il a acheté toute une tripotée de petits talismans o-mamori pour l’équipe de la maison. Au Japon on sait réinvestir intelligemment les bénéfices de la boîte pour développer son potentiel. On ne dilapide pas tout ses gains stupidement pour engraisser des actionnaires débiles.
Spiritualités mise à part, le cadre était magnifique. Je ne suis pourtant pas un grand visiteur de temples (ma brève passion d’enfance pour les aventures interactives de Lara Croft ne s’est jamais vraiment remise de la rencontre traumatisante avec un tyrannosaure dans une cave totalement dépourvue de panneaux lumineux indiquant clairement les issues de secoure), et je n’ai donc pas une très bonne culture des meilleurs coins du Japon à visiter pour s’esbaudir devant des édifices religieux, mais ce petit bout d’île à quelques centaines de mètres de la page, avec son joli pont de pierre, son sable fin et son bosquet semi-tropical pour lui tout seul, ça faisait quand même rêver. Il parait qu’il y a trente ans, c’était LE coin pour venir passer sa lune de miel. Tout de suite les images.







 Pour information, on s’est renseigné sur les formations rocheuses qui sont tout autour ; ce ne sont pas des digues élevées par la main de l’homme, ce sont les vagues qui façonnent ça de cette manière depuis 2400 ans environ. Je ne vous dis pas les heures de main d’œuvre qu’il y a donc derrière ce cadre magnifique. Apparemment, on appelle ça les « tuiles d’ogres », parce que ça fait un peu comme les chevauchements des tuiles d’un toit démesuré. Je vous avoue qu’on n’est pas allé vérifier s’il y avait effectivement des ogres dessous ou pas. Remarquez, on aurait pu se risquer : on avait à notre disposition une bonne vingtaine de jeunes enfants bien tendres à leur lancer pour les distraire et ralentir leur course en cas de poursuite.

Le retour à Kumamoto a été long, j’ai donc employé mon temps de la manière la plus rentable qui soit : j’ai dormi sans scrupule les bras croisés et la bouche ouverte pendant la moitié du trajet. Je ne voudrais quand même pas être employé à rien faire, j’ai une déontologie.
A l’arrivée, le patron à ramené ses enfants à la maison, et puis on est allé chercher Kanae, une autre employée, au siège de la boîte. De là, nous sommes repartis dans le sens opposé à notre arrivée et nous avons poussé jusqu’à la ville voisine de Yamaga. C’est à 20 bornes, mais la particularité de la campagne au Japon, c’est que sur ces 20 bornes vous êtes limité à 40 ou 50 km/heure tout le long et vous n’avez pas une seule seconde l’impression d’avoir quitté une zone de banlieue moyennement urbanisée. C’est charmant. La destination pourtant en valait la peine, parce que le Shachō, qui est de son propre aveux un « gurume », c’est-à-dire en langue de Molière un « gourmet », nous a emmené dans un super resto de poulet sur le grill ! Honnêtement, je le soupçonne de plus en plus d’emmener bien volontiers ses hôtes de marque (et occasionnellement ses employés) dans tous les meilleures établissements de restauration de la région tout simplement parce qu’il y prend encore plus plaisir qu’eux (si la chose est possible, parce que dans ce domaine-là je rivalise fermement, et c’est sans doute notre plus solide terrain d’entente). C’était évidemment délicieux, dans un cadre parfaitement traditionnel, avec du tofu arrosé d’un peu de sauce soja, un petit bouillon clair, des sashimi de poulet, du choux kyabetsu dans une sauce vinaigrée, du riz accompagné d’une sorte de toute petite bolognaise dense, et bien sûr du poulet grillé en masse qui fricassait joyeusement sur le barbecue au milieu de la table. Préparez vos petits récipients à salive pour ne pas baver partout sur vos claviers d’ordinateur, ça attaque les circuits électroniques.





Enfin, pour finir une journée déjà bien entamée, nous nous sommes rendus à notre destination finale, véritable but de ce petit périple : le quartier des sources d’eau chaude de Yamaga, apparemment parmi les meilleurs et les plus connus du Japon (disons modestement le top 5 ? Shachō en rajoute souvent un peu). L’entrée coûte environ 3 euros, c’est grossièrement le prix de 2 tickets de métro. Et vous l’avez compris, c’est à 30 minutes de chez moi, à condition d’avoir une voiture. Heureusement, je sais m’entourer d’amis qui ont des voitures. Ou d’amis qui ont des femmes qui ont des voitures et qui ne peuvent pas se baigner parce qu’elles sont enceintes mais qui viennent quand même pour accompagner leur mari parce qu’elles sont très gentilles. C’est le cas de Song, qui nous a effectivement rejoints dès le restaurant avec sa femme. Tout n’était donc pas perdu pour elle et son petit bout de choux, puisqu’il y avait quand même un bon repas à la clé. Song a fait rire le patron, parce quand on l’a appelé pour lui demander s’il était libre, le patron lui a d’abord demandé s’il avait déjà mangé. Song a répondu que oui, et le patron a ajouté : « ah, ben c’est dommage je voulais te proposer de venir nous accompagner au resto à Yamaga avec ta femme ». Sur quoi Song a précipitamment rétorqué du tac au tac  sans hésiter : « Nan mais en fait on a mangé juste un petit peu ! ».
Au-delà des frontières et des barrières culturelles, les kendoka sont au fond tous les mêmes, où qu’ils soient dans le monde : des années d’entraînement rigoureux, de dévotion, d’ascèse, et il suffit de leur faire miroiter la promesse d’un bon repas pour les emmener où l’on veut par le bout du nez. Si le monde entier avait l’esprit du kendoka, on pourrait résoudre n’importe quel conflit en organisant un gigantesque banquet, et la paix règnerait enfin sur Terre. Prends ça dans ta face, Donald Trump !


La digestion s’est donc lentement effectuée au fond d’un bain traditionnel alimenté directement par une source chaude locale, et je pense que vous me croirez sur parole si je vous dis qu’il n’y a guère de meilleur moyen de finir une bonne soirée dominicale, avec en sus l’âme apaisée par la profonde satisfaction du devoir accompli : l’image de la boîte a été fièrement défendue. C’est décidément un boulot taillé sur mesure.